Jeudi 1 novembre 2007
4
01
/11
/Nov
/2007
05:20
Il fallait qu'il en soit ainsi. Tout d'abord le mariage de ma mère, deux témoins au consulat de Qingdao et puis cette église qui sentait la peinture fraîche mélée au parfum têtu d'une curieuse fleur blanche, de ces parfums dont on cherche la provenance sans pour autant identifier de quel arbuste insignifiant il peut provenir. Et leurs minuscules corolles me semblaient danser autour du visage de maman comme nos promesses de rires et de journées lumineuses.Depuis que mon père lui avait promis de l'épouser elle avait retrouvé la couleur de ses rires, et ses pas une sorte d'allégresse.
Puis ses funérailles, à Shanghai un jour d'hiver moite et froid, et cette église et tous ces pots de chrysathèmes qui masquaient mal l'odeur du ciment frais entre les briques, emmurant mon chagrin dans les méandres de leurs savants pétales. Mon regard se perdait au plus profond de leur épaisseur repliée sur un secret que le seuls les défunts perçoivent. Ou du moins c'est ce que pensent les vivants les encore debouts, ceux que le soleil pourrait encore réchauffer dans la grisaille de cette journée aux effluves distinctes de charbon brûlé et aux échos lointains de mitraille.
Et ces souliers les mêmes qu'au soleil de Qingdao et le bruit de mes pas redoublant ceux de mon père qui avance le front baissé et les yeux masqués par son borsalino.
Ses pas ne nous menaient pas à cet appatement ou retentissaient encore ses rires dans l'épaisseur des vitres , où l'élégance de ses gestes se distinguait encore dans le glissement et le bruit mat des cables qui commandaient à l'ouverture des fenêtres.
Le lendemain mes amies à l'école m'attendaient devant la catéchèse. Je tournai les talons. Je ne porterai jamais mon aube de communiante, ni aucune robe blanche.
Là bas c'était la couleur du deuil, voyez-vous.
La gamine le sait bien, le blanc c'est la couleur des morts comme celle des os.
Mais ici on fait semblant de ne pas le savoir qu'un jour les os blanchissent. On se voile la face de crêpe noir, de mantilles tragiques on imagine le monde sans lumière, sans eux, même pas le souvenir à présent. Ou celui que l'on repousse, celui qu'on n'admet pas, celui qui revient lancinant nous blesser avec son visage de repoche. Ce souvenir qu'on se cultive histoire de se sentir bien vivant par la douleur qu'il ravive. Ce souvenir...C'est à lui qu'on veut tordre le cou. Et pourtant il nous tient avec sa face de remord, et il ne nous lache pas et il nous attache là dans notre passé, et il nous tient ce chien de souvenir mordant à la tête piteuse .
Allez va petite...
Allez la gamine
Par MADALIAN
-
Publié dans : la-scribouillarde
0