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Samedi 24 février 2007 6 24 /02 /Fév /2007 11:28
Port-Saïd...Shanghai Misterr, misterr, look look , good antics in our shop, we hav' jewellerry, gold, silferr, alabaterrr,...a girl?...where you frrom inglish, italian, i see frrench. Tout est à vendre à Port saïd, les denrées des quatre coins du monde s'échangent, les étals de fruits se déversent sur la rue et l'odeur sucrée du tabac turc se mêle aux effluves de café.Alexandre se réfugie dans sa cabine. L'Egypte ce n'est pas pour lui, le baron Empain a déjà créé Heliopolis et a tous les architectes qu'il désire à son service. Non!Il a hâte d'arriver à Shanghai, et comme tous y bâtir une fortune. Il paraît que les banques y poussent comme des champignons, qui dit banque dit immeubles. Et là il est à son affaire. Il a rencontré à bord un personnage qui le laisse songeur. Un donneur d'ordres pour un cabinet d'architectes Suisse. Agréable et cultivé, mais un rien envahissant, prêt à tout pour côtoyer les personnalités les plus en vue à bord. Il a même essayé de soudoyer le maître d'hotel pour obtenir une place à la table du capitaine. Cet homme ne manque pas d'audace, c'est certain. Une grande gueule , un type qui s'emporte pour un oui ou pour un non, et insulte le personnel parce qu'on lui présente une tasse de café, la anse du côté gauche . Il est au courant de toutes les combines pour tirer les ficelles visiblement, mais justement autant demeurer prudent et voir sur place.

Alors Léonard, rêveur ? Depuis quelques jours le navire croise de plus en plus de bateaux , des jonques pour la plupart. Aux abords de l'embouchure du fleuve d'autres embarcations plus légères se rassemblent en rayonnant autour d'un seul point d'encrage . A bord s'activent hommes femmes et enfants. Les cerfs volants volent au-dessus des sampans et on entend partout les cris d'un bateau à l'autre. Les colis, les paniers , chargés à dos d'homme ou sur des palanches oscillent en rythme avec les passerelles et passent de main en main , embarcations légères , lourdes jonques qui manoeuvrent lentement. Debout sur un sampan un vieil homme prend appui sur une de ses jambes et se penche pour manoeuvrer d' immenses rames en pesant de tout son poids, il rejette son corps en arrière pour les ramener croisées à hauteur de ses épaules, se courbe à nouveau, doucement son gaidou se faufile dans ce labyrinthe flottant. Dans l'abri qui couvre l'arrière de cette embarcation une femme, un enfant sur le dos enveloppé d'une étoffe fleurie . Elle se retourne régulièrement pour soulever le couvercle d'une marmite et en retire des crabes ficelés qu'elle range avec précaution dans un panier . L'enfant détourne la tête pour éviter la vapeur qui se dégage de la marchandise et ferme les yeux aveuglé par le soleil. Les enfants sautent de pont en pont en se disputant.Odeur de friture,énormes marmites fumantes sur les bateaux, sur de longues tiges de bambou les pantalons sèchent enfilés par une jambe , les chemises par les manches,image déconstruite des corps, volutes d'encens, paniers de légumes verts, jarres au col cernées d'une étoffe écarlate, relents de poisson et de légume pourri, bassines émaillées, splaatch par dessus bord, bouquets d'oriflammes aux caractères mystérieux à l'arrière des jonques, claquements de voiles, bruit sourd du bois des rames sur les coques, sommeil sur un chargement, armée de coolies qui courent, genoux fléchis, un mouchoir sur la tête, travail des femmes sur la rive qui remplissent des paniers de terre, foulard sous le chapeau, palanche et seaux de poisson, marche, le pied posé à plat et rentré en dedans typique des gens de la mer, le port approche on en voit bientôt les quais, et les bâtiments du bund. Coups de sirène du paquebot, réponse alternée des pilotes . Les nouveaux arrivants retiennent leur souffle, rient ou tout à coup se renfrognent au gré de leurs découvertes . Les plus anciens crânent et notent les changements, les étages supplémentaires, insistent sur l'augmentation constante du prix du terrain selon l'emplacement, donnent l'adresse de leur tailleur, du meilleur restaurant de poisson, de la salle de jeux la plus fabuleuse, cite le nom des intermédiaires chinois et des personnalités des concessions en parlant fort ,pour faire eux aussi les importants, et font mille recommandations aux nouveaux, ne pas faire se laisser approcher des mendiants, choisir un porteur en bon état, discuter le prix de la course en rickshaw, vous savez bien toutes ces petites choses essentielles pour les hommes qui se considèrent comme des porte-monnaie sur pattes. Les plus mordants sont les anglais forts de leur expérience de Hong Kong "the colony" .Ils ont toujours mille anecdotes pour présenter les chinois retords et rusés,âpres au gain.L'esprit des concessions préexiste sur le bateau avant même que ces nouveaux arrivents n'aient mis pied à terre,  les conversations à bord ont cultivé les mentalités, ils sourient tous ... Et même si certains se disent qu'ils ne rejoindront pas la charge, eux, du troupeau beuglant des colons , ils seront peu à ne pas se laisser emporter par la fièvre shanghaïenne, monney sex and drugs ...
Par MADALIAN - Publié dans : Un architecte en Chine
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